Courir en raquettes dans le Vercors : les questions à se poser avant

Courir en raquettes dans le Vercors : les questions à se poser avant

Sur les itinéraires balisés du plateau, on les reconnaît de loin : des silhouettes en collant et coupe-vent, petites raquettes aux pieds, qui montent en courant là où les randonneurs avancent pas à pas. La course en raquettes permet aux traileurs de continuer à courir l’hiver, quand leurs sentiers habituels disparaissent sous la neige. Encore faut-il arriver au départ avec le bon matériel et une idée juste de l’effort.

Vos raquettes sont-elles faites pour courir ?

Les raquettes de randonnée classiques sont larges, assez lourdes, souvent équipées d’une cale qui relève le talon dans les pentes. Pour courir, on cherche l’inverse : un cadre étroit et court, qui laisse passer les jambes sans qu’elles se heurtent, une fixation légère et des griffes sous l’avant-pied pour la neige dure. Courir avec des raquettes de randonnée reste possible sur quelques centaines de mètres, mais la foulée s’écarte et devient vite pénible.

Même avec le bon modèle, la foulée change. On lève un peu plus les genoux, on pose le pied plus à plat, et l’on garde un léger écartement pour que les cadres ne se touchent pas. Les premières sorties sollicitent nettement les fléchisseurs de hanche et les mollets : c’est normal, et c’est une raison de plus pour commencer court.

Pour un premier essai, demandez en magasin de location si des modèles de course sont disponibles. Tester avant d’acheter évite de s’équiper pour une pratique qu’on n’a jamais essayée.

Quelles chaussures glisser dans les fixations ?

Inutile de sortir les grosses chaussures d’hiver. Une paire de trail à crampons, idéalement avec une membrane ou un dessus serré, fait l’affaire. Ajoutez des guêtres, sinon la neige entre par le col de la chaussure dès la première descente, fond au contact du pied et refroidit les orteils. Côté chaussettes, la laine mérinos garde un peu de chaleur même humide, ce qui n’est pas le cas du coton.

Avez-vous une idée juste de l’effort ?

Courir dans la neige coûte bien plus d’énergie que sur un chemin sec, et l’écart dépend surtout de la neige elle-même. Sur une trace tassée et froide, l’allure baisse un peu. Dans une poudreuse fraîche, on peut se retrouver à marcher sur des portions qu’on court sans y penser l’été.

D’où l’intérêt de raisonner en durée plutôt qu’en kilomètres. Avant de partir, on peut s’appuyer sur des calculateurs de km-effort et d’allure pour traduire un parcours et son dénivelé en effort équivalent, en gardant une large marge pour la neige. La règle de calcul la plus répandue compte 100 mètres de dénivelé positif comme un kilomètre supplémentaire : 8 kilomètres avec 400 mètres de montée font ainsi 12 km-effort, une sortie qui, en raquettes et dans une neige lourde, peut prendre bien plus longtemps que le même sentier en été. Les bâtons rendent service dans les montées raides ; sur un parcours roulant, on peut s’en passer pour les premières sorties.

Où courir sans prendre de risque ?

Pour débuter, les itinéraires raquettes balisés des espaces nordiques du Vercors, d’Autrans-Méaudre au col du Rousset en passant par Villard-de-Lans, offrent des traces entretenues, un balisage et la possibilité d’écourter. Une règle de savoir-vivre s’impose : ne jamais courir sur les pistes de ski de fond, damées pour les skieurs. Et comme l’ouverture des itinéraires dépend de l’enneigement, un coup d’œil aux informations publiées par les sites nordiques avant de partir évite de trouver une trace fermée.

Hors des itinéraires balisés, la donne change. Le Vercors reste un massif de montagne, avec des pentes où l’avalanche est possible. Il faut alors consulter le bulletin d’estimation du risque d’avalanche de Météo-France, porter un détecteur de victimes d’avalanche, une pelle et une sonde, et savoir s’en servir. Il faut aussi penser à la faune : des oiseaux comme le tétras-lyre passent l’hiver sur leurs réserves, et chaque envol provoqué par un passage leur coûte de l’énergie.

Comment s’habiller quand on alterne montée et descente ?

C’est la difficulté propre à la course en raquettes : on transpire dans les montées, puis on refroidit d’un coup dans les descentes ou à l’arrêt. La solution passe par plusieurs couches fines plutôt qu’une grosse veste. Dans un petit sac ou une ceinture, prévoyez une couche chaude à enfiler au sommet, des gants de rechange et une boisson. Un tour de cou remonté sur le nez rend aussi les descentes face au vent beaucoup plus supportables.

Pour la première sortie, choisissez une boucle courte que vous connaissez déjà l’été. Vous saurez où sont les montées, vous pourrez comparer vos temps, et vous mesurerez ce que la neige change sans risquer de vous retrouver loin de la voiture à la tombée du jour.